Le journal des fans de comics : Lev Gleason – partie 3/3

Posté le 24 août 2015

Troisième partie de l’article consacré à l’éditeur Lev Gleason


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Lev Gleason est devenu un éditeur important dans le monde des comics. Son nombre croissant de titres proposés croit. La qualité également, faisant ainsi de Lev Gleason Publications, une entreprise en plein essor. Mais le champ d’action de Lev Gleason ne se limite pas aux comics. Il publie deux ouvrages dénonçant le fascisme domestique de son pays, « Sabotage : The secret war against America » et « The plot against the peace ». À son actif également une courte biographie de Tito, le célèbre dirigeant de la célèbre Yougoslavie, intitulée, « Incredible Tito! Man of the Hour ». Il lance également une collection nommée « la bibliothèque de Gleason Lev ». Sa devise, « Plaisir et Profit ». Cette collection édite des romans aux titres très évocateurs. On pourrait citer, « The Wench is Willing », «Dishonorable Lady » ou encore « Hotel Wife ». L’expérience de “Friday” a laissé un gout d’inachevé pour Lev Gleason. Il profite donc de son succès pour lancer une nouvelle revue. Ce dernier intitulé, « Reader’s Scope » à pour vocation de concurrence le célèbre « Reader Digest » .

Reader's Scope

Reader’s Scope

Son nouveau magazine traite de la mode, des célébrités, propose des petites annonces et des extraits de livres. Mais malgré un contenu un peu plus « léger », Lev Gleason n’oublie pas pour autant d’insérer des articles d’analyse politique américaine ou internationale. Howard Fast et Alber Kahn, des écrivains catalogués comme gauchistes, signent des articles. Lev Gleason réussira même à embaucher, Truman Capote le célèbre romancier, comme chroniqueur humoristique !

À la fin des années quarante et au début des années cinquante, l’anti-communiste américain bat son plein. Cette peur rouge cristallisée par le Maccarthysme fait énormément de dégâts. Lev Gleason n’échappe pas à cette traque en décembre 1945n le journal « New York World-Telegram », l’identifie comme un compagnon procommuniste. Ces accusations obligent Lev Gleason à porter plainte pour diffamation. En 1950, Lev Gleason se sentira obligé d’écrire un article intitulé « Je ne suis pas un communiste » et qu’il publiera dans son journal de Chappaqua. Ces concurrents profitent de l’aubaine et ressortent une information comme quoi il était inscrit comme communiste dans les années trente. Le « New York World-Telegram » enfonce le clou en affirmant que Lev Gleason avait une identité secrète russe et publiai des articles dans le magazine « Soviet Russia Today » sous le nom d’Alexander Lev. Aujourd’hui, sa famille se pose encore des questions sur la véracité de ses informations.

Le comics code :

Lev Gleason comme le montre ses différentes publications, actes ou paroles a toujours été un homme droit. Sa revue le « Crime ne paie pas » malgré sa brutalité qui ne l’oublions pas était le reflet de cette époque, avait toujours une morale et les criminels étaient toujours punis pour leurs actes. En mai 1951, Lev Gleason démissionne de la présidence de l’association des éditeurs de comics mais continue à pour la bande dessinée. Dans un essai en septembre 1952 dans la revue « Today’s Health » Lev Gleason écrit que « les magazines de bandes dessinées offrent un potentiel incroyable. Ils peuvent aider les enfants et les adolescents à devenir des adultes plus heureux et plus intelligent ». Malheureusement un docteur n’est pas de cet avis. Le docteur Fredric Wertham, né le 20 mars 1895 à Munich en Allemagne et mort le 18 novembre 1981 était un psychiatre américain. Ce docteur qui a pour maître Sigmund Freud et Emil Kraepelin est une sommité respectée en Amérique. Ses travaux psychiatriques entre autre sur les criminels ont fait de lui un homme très écouté. En 1941, il publie le livre « Dark Legend », où il relate l’histoire vraie d’un meurtrier de 17 ans, qui avait selon lui une obsession particulière pour les films, les feuilletons radiodiffusés, et la bande dessinée. La bande dessinée sera donc le nouveau cheval de bataille du Docteur Wertham. À partir de 1948, il s’engage dans une campagne contre les comics. Il publie notamment une interview dans le magazine « Collier’s Weekly » intitulée « Horror in the Nursery » et « The Psychopathology of Comic Books » dans le journal scientifique « l’American Journal of Psychotherapy ».

Horror in the nursery !

Horror in the nursery !

Il atteint le summum de son influence en 1954 avec la publication de son livre Seduction of the Innocent. Il y décrit de nombreuses représentations ouvertes ou suggérées de scènes de violence, de sexe, d’usage de drogue et autres thèmes adultes qu’il a relevé dans ce qu’il appelle les crime comics. Pour lui ceux-ci incluent tout comics contenant des scènes de crime, qu’ils soient consacrés à des histoires de gangsters et d’affaires de meurtre (un genre très populaire à l’époque), de super-héros ou d’horreur. Il relate également des crimes commis par des lecteurs de comics, martelant sa thèse : la lecture de comics pousse les jeunes au crime. Il va jusqu’à dire que « Hitler était un débutant au regard de l’industrie des comics » quant à l’enseignement de la violence et du racisme.

Le livre devient un best-seller ; des extraits en sont publiés dans des publications telles que le Reader’s Digest, augmentant encore son impact. La publication du livre coïncide avec les travaux d’une commission d’enquête du Congrès sur la délinquance juvénile. Avec l’émoi provoqué par son ouvrage, il est inévitable que Wertham soit amené à témoigner. La publication du livre coïncide avec les travaux d’une commission d’enquête du Congrès sur la délinquance juvénile. Avec l’émoi provoqué par son ouvrage, il est inévitable que Wertham soit amené à témoigner. Effectivement convoqué devant cette commission, il y répète ses thèses : les comics sont l’une des causes de la délinquance juvénile ; son prestige dû à son rôle de témoin expert dans plusieurs procès importants lui assure la plus grande attention de son auditoire. Ce n’est pourtant pas ce témoignage qui obtient le plus grand retentissement, mais celui de l’éditeur William Gaines.

William Gaines

William Gaines



Sa maison d’édition, EC Comics publie alors les comic books aux thèmes les plus adultes du marché, notamment dans le genre de l’horreur. Désireux de défendre son activité, Gaines décrit la couverture de l’une de ses publications où apparaît une tête de femme décapitée comme « de bon goût ». Ce témoignage calamiteux de Bill Gaines oblige Lev Gleason à monter au créneau. Devant la commission du sénat l’éditeur demande qu’une enquête soit faite sur le docteur. Quelles sont ses réelles motivations ? Que cherche-t-il vraiment dans cet acharnement ?  Lev Gleason et les autres éditeurs de comics sentent le vent tourner. D’eux-mêmes, ils décident de créer un organisme ayant pour objectif de régir le contenu éditorial des revues et ainsi éviter la censure. La création du « Comics Code Authority » aux yeux du Docteur Wertham ne va pas assez loin. Il se trompe car la mise en œuvre du CCA aura de très lourdes conséquences. Bon nombre d’éditeurs vont faire faillite.

Fin de Lev Gleason Publications :

Avec l’avènement de la télévision, les changements dans la société américaine et l’édulcoration des bandes dessinées suite à création du comics code, les titres de Lev Gleason se vendent beaucoup moins bien. À la fin du mois de mars 1955, les bureaux de Lev Gleason, bureaux occupés depuis 1943 sont libérés et remis en location. Le 18 décembre 1956 « Lev Gleason Enterprises Corporation » est officiellement dissoute. Que va faire maintenant Lev Gleason ? Il devient agent immobilier ! Lui et sa femme vendent leur maison de Chappaqua et s’installent à Somers plus loin de la ville mais bien moins cher. Charles Biro fera comme son patron. Il quittera le monde de la bande dessinée et travaillera dans la publicité puis deviendra directeur artistique pour NBC. La tragédie de la cessation de l’entreprise sera encore plus forte quand Bob Wood sera arrêté pour le meurtre d’une femme.

En décembre 1969, Lev et Peggy vendu leur maison à Somers et s’installent à Brewster dans le Massachusetts. Ils sont à la retraite maintenant mais doivent encore travailler pour joindre les deux bouts. Ils fabriquent des petits ornements patriotiques mettant en vedette l’aigle américain. Néanmoins, sa contribution au rapport du cinquantième anniversaire de la classe d’Harvard de 1920 révèle que Lev Gleason est toujours fortement imprégné de politique. Il écrit, « Mes plus grandes satisfactions sont d’avoir politiquement contribué à faire de mon pays, un pays meilleur et un monde un peu plus pacifique « .

Le 24 septembre 1971, Lev Gleason s’éteint pendant sa sieste. Un très grand de l’industrie des comics vient de s’éteindre. L’engouement actuel pour ses réalisations prouve encore une fois que son titre de meilleur éditeur du Golden-Age n’est pas usurpé.

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